Musique contemporaine

têtes (pour récitant et orchestre)

je suis moi ?

    Au théâtre, nous voyons d’abord l’acteur : il est celui que l’on voit. Il est au centre du plateau et parle. Mais l’acteur est d’abord une personne : Il entre sur scène de son propre chef et choisit qui il veut être : identités multiples. Que se passe-t-il quand l’acteur ne sait plus ce qu’il doit être, dire ou jouer ? Que se passe-t-il quand son corps et sa voix oscillent entre des personnages et sa propre identité ?

    La question de l’identité parcourt l’ensemble du livret de Têtes. Par l’intermédiaire des contes japonais collectés par Lafcadio Hearn, nous posons la question d’être humain. Notre identité est ce qui nous différencie de l’Autre : si l’on nous prive de notre identité, nous ne sommes pas reconnu, nous sommes sans famille, sans patrie, étranger partout et tout le temps. Notre tête nous rend-elle humain ? Notre visage nous rend-il notre identité ? Jusqu’à quand sommes-nous moi derrière un masque ? Et notre identité est-elle elle-même un masque que l’on peut changer à loisir ?

    Notre monde tend à aplanir notre identité : elle nous est parfois enlevée, nous devons démarcher pour nous en procurer une nouvelle. Têtes tente de présenter l’homme le plus humain du monde, la personne à côté de son personnage, avec toutes ses qualités et tous ses défauts.

    Les figures du prisonnier et de son bourreau, du voleur et du meurtrier, du fantôme et du samouraï, du robot et de l’intelligence artificielle semblent pouvoir répondre à cette quête d’identité. 

    Finalement, cet homme le plus humain du monde ne serait-il pas l’acteur ? Cet homme invisible  pourtant toujours en lumière, qui peut prendre quand il le souhaite l’identité qu’il veut.

    Changer de tête… Changer de voix… 

création 22 octobre 2017

Donaueschinger Musiktage 2017, Donaueschingen


pour récitant et orchestre

Misato Mochizuki / musique

Dominique Quélen / livret (d'après Lafcadio Hearn)
Frédéric Tentelier / mise en scène

Paul-Alexandre Dubois / récitant
Ensemble Musikfabrik - Enno Poppe / direction 

Durée 35 min

himitsu no neya 

ce qui est caché.

Considérer le chant Utaï et le théâtre Nô non pas comme une finalité, mais comme le palimpseste de notre propre création : bâtir une nouvelle œuvre sur des fondations millénaires, en faisant dialoguer les techniques de ce chant traditionnel avec une écriture contemporaine et occidentale. Se faire rencontrer la voix caractéristique de la chanteuse Ryoko Aoki et les techniques de traitement en temps réel développées par le compositeur. Enfin, faire intervenir certains codes du théâtre Nô (notamment autour de l’espace) en les transposant aux codes théâtraux contemporains. Je propose notamment un traitement de l’espace et de la lumière en collaboration avec le vidéaste Lionel Palun. Son travail sur la matière Lumière me semble être en parfait accord avec la direction pressentie pour la mise en scène. Entre pénombre et rai de lumière, la vidéo révélera ou non ce qui est caché.


 

création octobre 2016

Aïchi Triennale, Nagoya, Japon

Opéra de chambre
pour chanteuse Nô, ensemble instrumental et électronique

Commande d’Etat 2012

Aurélien Dumont / musique

Sachiko Oda / livret
Frédéric Tentelier / mise en scène

Ryoko Aoki / chant Nô
The Next Mushroom Orchestra Jean-Mickaël Lavoie / direction 

Durée 60 min

Dans Himitsu no neya, il s’agira donc de mettre en scène ce qui est caché. L’«Oni» nous révèle les monstruosités cachées en chacun de nous. Nous nous soucierons donc de ses origines et de son devenir à travers une histoire issue de tradition orale japonaise dont la modernité est flagrante.

Oni est une sorcière dévoreuse d’hommes. Nous trouvons dans la culture occidentale son pendant masculin dans le personnage de Barbe-Bleue. L’interprétation des deux contes est similaire : une chambre interdite, lieu de stockage des secrets inavouables, est la métaphore de l’esprit du personnage lui-même. Nous découvrons qui est véritablement Barbe-Bleue en ouvrant la porte interdite. Dans Himitsu no neya, la particularité est la dualité de la femme : elle est à la fois le bourreau et la victime. Sa personnalité alterne entre le souvenir de son origine et l’assouvissement de ses pulsions meurtières. Face au paradoxe de l’absence (elle se prend consciemment pour l’Autre pour ne pas être seule), elle semble vivre à la fois dans le passé, dans le présent et dans l’avenir. Oni croise alors les figures mythologiques des Trois Parques : elles tissent, déroulent puis coupent sans cesse le fil de la vie des hommes. Les Trois Parques président le destin des Hommes : elles connaissent le passé, le présent et l’avenir. Elles vivent en même temps dans ces trois moments. De même pour Oni : elle ne choisit pas l’époque dans laquelle elle vit, elle confond le passé avec le présent, et vit ce qui aurait pu être sa vie.